ET SI LA FINANCE SAUVAIT LE MONDE ?

logo-financeDans le contexte actuel où la finance est source de biens de nos maux, et après la crise financière de 2007-2008 et ses répercussions, comment croire que la finance puisse sauver le monde ?

C’est la thèse que défend Bertrand Badré (*), ex-directeur financier de la Société Générale et du Crédit Agricole, ancien directeur général de la Banque Mondiale.

A condition que les flux d’argent s’orientent vers le bien commun.
INTERVIEW-EXTRAITS (**).

La finance peut sauver le monde ? Qui peut y croire ?
La crise financière a engendré colère, perte de confiance et a largement contribué à la montée des populismes. L’incendie a bien failli détruire la maison. Et la reconstruction n’a été que partielle. Il est temps maintenant d’avoir une approche holistique.
Quelle économie veut-on pour servir les 9 milliards d’habitants de cette planète en 2050 ? Jusqu’où les Etats peuvent-ils s’endetter ? Quel rôle pour les banques ? Les marchés ? Les assureurs ? Les fonds de pension ?
A nous d’orienter la finance au service du bien commun Mauvais maître, elle est un merveilleux serviteur. Les outils sont là. A nous de jouer, tant qu’il en est encore temps.

Jamais si peu d’acteurs n’ont concentré entre leurs mains tant de capitaux…
Les banques pèsent moins aujourd’hui. Les investisseurs, fonds d’investissement, fonds souverains, gestionnaires d’actifs et assureurs ont une influence croissante. Plus gros, plus concentrés, ils vont bientôt gérer 100 000 milliards de dollars !
On peut voir ces acteurs comme des monstres qui se nourrissent du feu. Mais prenons le point de vue inverse. S’ils choisissent, comme certains ont commencé à le faire, par intérêt bien compris, de modifier leurs approches, quelle incroyable force de frappe au service du bien commun et d’une finance maîtrisée !
Il faut encourager ce mouvement, faire entendre notre voix et innover. Le contexte aide : croissance durablement médiocre, taux zéro, voire négatifs, une Europe post-Brexit qui se cherche… Comment payer les retraites ou servir les rendements attendus par les clients ? Il faut relier le rendement au risque, comme d’habitude, mais aussi à l’impact positif escompté par les clients : « Do good and do well ».

La finance peut-elle vraiment se mettre au service du social ?
Oui ! Depuis la crise, les initiatives fourmillent. Ronnie Cohen, l’un des fondateurs du capital-risque, est devenu un pionnier avec les « social impact bonds ». Le principe est que la rémunération de votre obligation est liée à la performance sociale de l’investissement.
Dans un autre ordre d’idée, la « taxe Chirac », consistant à prélever quelques euros par billet d’avion, a rapporté plus de 2 milliards d’euros pour financer vaccins et programmes de recherche. Le principe posé à l’époque par Jacques Chirac, à savoir que la globalisation doit payer pour la globalisation, reste fécond.

Si les entreprises s’acquittaient correctement de leurs impôts, l’innovation financière aurait moins de raison d’être !
La frontière entre optimisation fiscale orchestrée par les techniciens de grands cabinets et fraude est évidemment délicate. Mais les lignes jugées immuables ont bougées. Pour reconfigurer la finance mondiale au service du bien commun, public et privé doivent accorder leurs violons, mais c’est loin d’être gagné…
Les banques multilatérales de développement doivent jouer un rôle majeur pour faire travailler ensemble tous ces acteurs. Au-delà du privé et du public, chacun à son niveau, citoyen, épargnant, client, pensionné, investisseur, a le pouvoir de contribuer à faire bouger les lignes.
Quel bel horizon !

Richard POGLIANO
(*)Bertrand Badré, »Monney Honnie »(Edit DébatsPublics)
(**)L’Express-3405-05102016-68/70-IsabelleHennebelle